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lundi 15 août 2011

Quelle place pour les peuples indigènes...

Au Congo, les pygmées réclament l'application d'une loi les protégeant

TRIBUS - Les pygmées se plaignent d'être traités comme des esclaves...

Les pygmées du Congo, populations autochtones menacées d'extinction selon l'ONU, se plaignent d'être traités en esclaves par la majorité bantoue et réclament l'application d'une loi censée les protéger. «Nous avons été pendant longtemps maltraités par nos voisins bantous. Nous sommes des oubliés», assure Parfait Dihoukamba, du Réseau national des peuples autochtones du Congo (Renapc). Les autorités elles-mêmes reconnaissent que leur situation est parfois misérable. «Dans le nord Congo, ils sont considérés comme des esclaves. Quand on arrive au sud, à quelques exceptions près, la situation est la même», dit Valentin Mavoungou, directeur général des droits de l'homme et des libertés fondamentales au ministère de la Justice.

Payés en vin de palme

Répartis dans la quasi-totalité des douze régions du Congo, où ils vivent dans les forêts ou à la périphérie des villages, les pygmées ne représentent plus que 2% de la population congolaise estimée à 3,6 millions d'habitants. Vivant au départ dans la forêt, cette population composée de plusieurs ethnies et caractérisées par sa petite taille, est répartie sur plusieurs pays d'Afrique centrale. «Comme ailleurs dans le monde, la communauté autochtone congolaise est aujourd’hui en danger d’extinction», assure le représentant du Fonds des Nations unies pour la population David Lawson. «Beaucoup d'entre eux (...) ne disposent pas de logement adéquat ou d'accès aux services sociaux de base comme la santé et l'éducation», relevait au terme d'une visite en 2010 le Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples autochtones, James Anaya.
Parfait Dihoukamba raconte que «pour un champ de 400 mètres à dessoucher, à labourer et à semer, un pygmée n'attend d'un bantou parfois qu'un litre de vin de palme». Pour améliorer le sort de ces populations, une loi a été élaborée à partir de 2004 par des représentants des autochtones, gouvernement, parlementaires, société civile et l'ONU et promulguée au début de l'année. Si elle a fait naître de nombreux espoirs, elle tarde à entrer en application. «C'est dans l'application de la loi que chacun va trouver son compte. En tant qu'autochtones (...) nous voulons que les textes liés à son application soient pris immédiatement. Sans ces textes, la loi reste creuse et vague», affirme à l'AFP Ngouélé Ibara, 58 ans, un pygmée qui dirige l'Association des peuples autochtones du Congo (Apac).

«Les autochtones vivent séculairement sur les terres, mais elles ne leur appartiennent pas»

Le texte prévoit notamment des sanctions contre ceux qui désigneraient les pygmées autrement que par le terme d'autochtone. «Elle donne une bonne ligne directrice pour se comporter vis-à-vis d'eux», explique Valentin Mavoungou du ministère de la Justice. «La loi va permettre de corriger une difficulté que nous avions par le passé: ne pas prendre en compte les autochtones», ajoute-t-il. Elle prévoit aussi de régler un certain nombre de problèmes comme l'exode forcée des autochtones de terres destinées à l'exploitation forestière.
Le texte propose de les consulter avant de signer des cahiers des charges concernant les activités liées à l'exploitation forestière. «Les autochtones vivent séculairement sur les terres, mais ces terres ne leur appartiennent pas. Il y a là un vrai problème du foncier que la loi va régler», note Roger Bouka de l'Observatoire congolais des droits de l'homme (Ocdh). Mais Valentin Mavoungou, du ministère de la Justice, explique que «le gouvernement prend son temps pour pouvoir mettre en place les textes qui puissent la régir automatiquement».

mardi 9 août 2011

Extermination des peuples indigènes...

Des vérités indigènes pour découvrir ces peuples menacés

INSOLITE - Découvrez des faits méconnus à propos des tribus du monde entier à l'occasion de la Journée internationale qui leur est dédiée ce 9 août...

Depuis 1994, les Nations unies célèbrent le 9 août la journée internationale des peuples autochtones. Menacés par les expropriations au profit des bûcherons, des industries minières ou des barrages hydroélectriques, les peuples indigènes, au total 8.000 à 10.000 peuples représentant environ 370 millions de personnes, sont défendus par les ONG pour enfin être pris en compte comme des acteurs à part entière de la politique de leur pays. Pour découvrir ces populations loin des clichés de peuplades primitives ou arriérées, Survival International dévoile quelques vérités sur les indigènes.

Un patrimoine génétique proche de celui de nos ancêtres

D’où  vient l’homme et à quoi ressemblaient ses ancêtres? Ceux qui ont gardé les liens génétiques les plus proches avec les premiers hommes sont certainement les peuples bushmen d’Afrique australe, qui vivent au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud et en Angola depuis au moins 70.000 ans. Ils sont encore environ 100.000 dans cette région.

Nos langues viennent des peuples indigènes…

Sur les 7.000 langues parlées dans le monde, 4.000 d’entre elles sont parlées par des peuples indigènes. Une langue sur six viendrait de Nouvelle-Guinée.
…nos aliments aussi
Les peuples indigènes ont fait connaître certains des aliments de base les plus consommés au monde. Le manioc, le maïs et la pomme de terre sont tous des produits issus de l’agriculture indigène.

Quand l’homme doit s’adapter à la nature

Alors que nous passons notre temps à transformer la nature pour qu’elle réponde à nos besoins, les indigènes se sont adaptés à leur environnement. Ainsi, les Moken de la mer d’Andaman, qui vivent dans l’archipel des Mergui en Birmanie, ont développé une capacité unique à se diriger sous l’eau afin de plonger pour se nourrir. L’acuité visuelle des enfants Moken serait 50% plus importante que celle des enfants européens.

Une relation à la nature dont on a beaucoup à apprendre

«Sans avoir l’objectif de protéger la nature, ils le font de manière instinctive», explique Sophie Baillon, de Survival International. De plus en plus souvent, les peuples indigènes s’invitent dans les sommets internationaux, notamment lorsqu’il y est question d’environnement, un domaine dans lequel ils ont beaucoup à nous apprendre. Par exemple, ils savent préserver les plantes qui leur sont nécessaires pour se soigner: les Shuar d’Equateur utilisent une centaine d’espèces différentes uniquement pour guérir les maux d’estomac. Le curare, un poison végétal développé par les Indiens d’Amérique du Sud pour immobiliser leurs proies, a été largement adopté par la médecine occidentale.
Leurs relations à la biodiversité s’étendent aussi aux interactions avec les animaux: les femmes awá du Brésil prennent soin des bébés singes orphelins en les allaitant, tandis que les chasseurs d’aigles kazakh de Mongolie occidentale ont des liens si étroits avec leurs aigles qu’ils dorment à côté d’eux la nuit et les nourrissent à la main pendant un mois lorsqu’ils sont jeunes.

samedi 16 octobre 2010

Avatar ou l' esprit incarné en OGM, par Abdoulaye Fall

 Au moment où Avatar allait partir à l’assaut des salles de cinéma, s’éteignait l’auteur de La pensée sauvage et le fondateur d’une anthropologie qui, à travers l’étude de la vie des sociétés amérindiennes et de leurs mythes, avait renversé l'image des peuples primitifs en retrouvant la valeur de leurs formes de vie et de pensée et la grandeur de leurs cultures. C’était le 31 octobre 2009. Avec le film de James Cameron, on mesure la pénétration de la pensée anthropologique de Lévi-Strauss et combien la représentation du sauvage aura servi de miroir à la civilisation occidentale pour qu’elle interroge ses propres fondements et son orientation. Pour emprunter le langage de l’ethnologue, le film cherche à résoudre l’opposition entre nature et culture ainsi que l’opposition entre intelligence et sensibilité. Et si l’on remonte au langage de Rousseau, on pourrait dire qu’il problématise le rapport entre l’état de nature et l’état de civilisation.

Krisna, avatar ou dieu incarné

 Jean-Jacques Rousseau voulait connaître « l’homme naturel » à travers l’étude des sauvages, cherchant dans cette entreprise à « démêler ce qu'il y a d'originaire et d'artificiel dans la nature actuelle de l'homme, et de bien connaître un état qui n'existe plus, qui n'a peut-être point existé, qui probablement n'existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d'avoir des notions justes pour bien juger de notre état présent » [1]. Il est revenu à Claude Lévi-Strauss d’avoir souligné la valeur de ce modèle pour la connaissance anthropologique des sociétés humaines. « L’homme naturel, dit-il, n’est ni antérieur, ni extérieur à la société. Il nous appartient de retrouver sa forme, immanente à l’état social hors duquel la condition humaine est inconcevable » [2]. Ce modèle ne prétend pas correspondre à la réalité observable; il ne peut apporter « la révélation d’un état de nature utopique ou la découverte d’une société parfaite au cœur des forêts », mais il est inestimable en ce qu'il peut servir à apprécier la part du naturel et de l’artificiel dans nos propres sociétés et en nous-mêmes car il est comme un appel à rencontrer et à connaître des cultures qui sont restées plus proches d'une forme de vie originaire que celles qui, comme les nôtres, se sont données à la civilisation mécanique. Si le modèle de « l’homme naturel » est intéressant pour la connaissance de notre réalité, il l’est peut-être plus encore pour la compréhension de nos mythes. Ceux-ci s’épanouissent dans les œuvres savantes comme dans les œuvres de fiction et, sous des figures multiples, mettent en scène un être de nature et redéploient, sans cesse et de mille manières, l’opposition entre la vie naturelle et la vie mécanique. Et c’est le mythe qui nous dira ce qu’il en est de notre rapport à la nature dans la culture qui est la nôtre car le mythe n’est rien moins qu’une fenêtre ouverte sur notre inconscient individuel et collectif. Cela est particulièrement vrai de la science-fiction qui s’alarme ou s’extasie devant les progrès de la techno-science, mais toujours imagine son devenir comme un état de notre présent.

Le film de James Cameron est une parfaite illustration de la structure mythique du modèle de « l’homme naturel ». Avatar reconduit dans sa pureté le mythe positif du « bon sauvage » de l’ethnologie à la science-fiction en élargissant la distance exotique à l’espace interplanétaire. L’être humain qui n’a développé que sa raison machinique et prédatrice est comme handicapé parce qu’il a renoncé à son potentiel corporel et psychique. Il cherche fébrilement à retrouver le lien avec sa propre nature. Refoulée, celle-ci est si éloignée de la forme de vie qu’il a adoptée, qu’elle doit être transplantée dans une autre planète et figurée par un peuple extra-terrestre. Le peuple des Na’vi qui vit sur la planète Pandora représente un modèle imaginaire de « l’homme naturel » qui nous renvoie, comme les sauvages de l’ethnologue, à notre présent. Mais le mythe de « l’homme naturel » est à la fois une fin et un commencement. C’est la manière dont il s’articule avec d’autres mythes, le trajet qui nous y conduit et qui nous le fait quitter qui est susceptible de nous éclairer sur sa signification. Ce serait aller trop vite et pas assez loin que de s’en tenir à l’image éblouissante du désir de vivre et l’on resterait à la superficie si la lumière du mythe, au lieu d’éclairer ce que nous faisons individuellement et collectivement de ce désir, nous rendait aveugles aux formes inconscientes qui disent quelque vérité sur notre civilisation et sur nous-mêmes qui consentons à étouffer l’amour de la vie sous la norme et à vivre comme des machines au nom du progrès de l’homme et de la science.

Pour lire intégralement l'article, suivre le lien :
http://lapenseesymbolique.blogspot.com





samedi 18 septembre 2010

Colonialisme touristique

Une compagnie touristique méprisante pour les droits des Bushmen remporte le "World Savers Award"


Wilderness_Safaris_piscineLes touristes de Wilderness Safaris se baignent dans cette piscine tandis les Bushmen qui vivent à proximité sont privés d'eau par le gouvernement.
© Survival

Le tour opérateur controversé Wilderness Safaris qui a implanté un luxueux lodge touristique sur le territoire des Bushmen du Kalahari a gagné le 'World Savers Award', un prix récompensant les meilleures initiatives des entreprises touristiques dans les domaines de la responsabilité environnementale et sociale.

Wilderness Safaris a ouvert le lodge 'Kalahari Plains Camp' au cœur de la Réserve du Kalahari central en 2009 sans avoir consulté les Bushmen dont c'est le territoire ancestral. La station touristique met une piscine à la disposition de sa clientèle alors que les Bushmen qui vivent à proximité n'ont pas l'autorisation d'accéder à l'unique puits dont ils dépendent pour s'approvisionner en eau.

En réponse aux accusations de Survival, la compagnie Wilderness Safaris a déclaré qu'elle ne pouvait fournir d'eau aux Bushmen de la réserve arguant 'qu'elle n'était pas un service de distribution d'eau et que son modèle économique n'était pas assez robuste pour porter cette responsabilité'. La compagnie a cependant récemment installé au Zimbabwe des éoliennes de pompage d'eau destinées à la faune sauvage 'se réjouissant de voir les animaux étancher leur soif avec cette nouvelle eau'.

Le gouvernement botswanais a interdit aux Bushmen d'accéder à un puits qu'il a démantelé puis scellé lorsqu'il les a expulsés de la réserve en 2002. Avec le soutien de Survival, les Bushmen ont gagné un procès devant la Haute Cour qui a confirmé leur droit de vivre dans la réserve. Cependant, le gouvernement refuse de rouvrir leur puits, les forçant à parcourir de longues distances pour s'approvisionner en eau en dehors de la réserve.

Le neveu du président botswanais ainsi que son avocat personnel siègent tous deux au conseil d'administration de Wilderness Safaris.

Wilderness Safaris a remporté le prix 'World Savers Award' dans la catégorie santé. Il lui sera attribué en octobre au Congrès des 'Sauveurs du Monde' du Condé Nast Traveler à Singapour.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd'hui : 'Il ne devrait plus être permis aux compagnies touristiques de mépriser les droits des peuples indigènes sur les territoires desquels elles implantent leurs hôtels et leurs lodges. Elles ne peuvent se décharger de leur responsabilité en la rejetant sur le gouvernement : ce type d'argument a été utilisé durant des décennies pour justifier la dépossession des peuples indigènes. Le tourisme n'a pas sa place dans des lieux tels que la réserve du Kalahari alors que les Bushmen en sont expulsés'.

Auteur

Survival International